Styles & Stelles, une exposition d’art archéo-contemporain au musée de Die à partir du 16 juin

14 06 12 | Interview

Jacques planchon, conservateur du musée de die et du Diois est venu accompagné de l’artiste contemporain Bernard Clarisse, auteur de l’expo Styles & Stèles qui revisite l’antiquité du 16 juin au 16 septembre 2012 au Musée de Die et du Diois, 11 rue Camille Buffardel 26150 DIE

Tombé amoureux de notre musée, Bernard Clarisse l’investit et confronte son art et notre histoire. Empruntant à Pindare, Hippocrate ou Sophocle, il inscrit à la surface de ses oeuvres des textes en grec ancien, qu’il altère ensuite à la manière du temps.Il nous emmène dans son univers, peuplé de grammes hellènes et de références chtoniennes.

Le musée de Die et du Diois vous invite à venir redécouvrir ses collections permanentes, habitées par l’art contemporain.

Date : 15.06.12
Lieu : Studio RDWA
Durée : 37’38 »
Réalisation : Louis

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Bernard Clarisse, mode d’emploi par lui même

« Un rituel, probablement d’origine païenne, consiste à crucifier les taupes le long des fils barbelés dans les campagnes normandes où je réside. Cette tradition pour le moins barbare a attiré très tôt mon attention.
En 1985, la bête chthonienne devient le sujet de ma peinture. Le thème est trop littéral ou allusif. Je cherche d’autres voies à explorer. Je me tourne alors du côté de Millet, des peintres de l’école de Barbizon, de Van Gogh aussi. Tous représentent des scènes de paysans : laboureurs, bêcheurs et autres médecins de la Terre. Dans le même temps, comme par un don des Dieux, je lis le chapitre consacré au fils d’Apollon : Asklépios dans les grandes divinités de la Grèce, par Pierre Lévêque et Louis Séchan (Armand Colin, 1990) et j’y trouve en outre ce passage page 327 : “Une ultime confirmation de
l’identité originelle entre Asklépios et la taupe serait fournie par la tholos d’Epidaure. On sait que, sous l’édifice classique, avait été conservé un labyrinthe archaïque fort mystérieux, que l’on a cherché à expliquer de tant de manières diverses et imprévues. En réalité, il s’agirait là d’une taupinière, conçue à la fois comme le tombeau et le séjour souterrain du Dieu, et l’on a même pu avancer que la révélation concernant Asklépios dieu-taupe était au centre de la religion d’Epidaure.” Dès lors, une nouvelle voie s’ouvre et, sans jeu de mots-maux faciles, je n’ai plus qu’à creuser du côté des textes de Pindare qui raconte la vie d’Asklépios, d’Hippocrate qui nous parle de maladies, des stèles avec inscriptions que tous ces malades ressuscités font dresser en l’honneur du dieu pour le remercier. Tous ces textes pour moi symbolisent la résurrection, la guérison de la peinture que l’on dit malade. Ma voie picturale est comme pour ainsi dire tracée, et elle est illustrée par plusieurs orientations distinctes mais convergentes. Cette voie constitue une part importante de mon travail : Des représentations “objectives” de la taupe, animal lié au culte du dieu grec Asklépios, constituent le parcours originel de mon travail. Un second ensemble regroupe les relectures de pièces dixneuvièmistes consacrées aux scènes paysannes (araires, bêches, binettes, etc. qui sont l’équivalent du scalpel). Une troisième série comprend des oeuvres dont le motif central (scènes paysannes ou vanités) est altéré, “moisi”, comme un clin d’oeil aux premiers travaux photographiques. Ce motif se détache sur un fond immaculé, creusé de galeries, signatures omniprésentes de mon oeuvre. Dans le quatrième ensemble s’inscrivent sur la toile des grammes hellènes empruntés à Pindare ou Hippocrate. Ce sont des sortes de stèles altérées par la bête chthonienne. Un autre ensemble consiste à intégrer des éléments architectoniques sculptés, dorés à la feuille qui semblent rejetés par les entrailles du tableau. Des plans anciens de cités dont les profondeurs recèlent des traces archéologiques sont exhibés avec minutie sur la toile, au centre, un motif sépia: une vanité, nous rappelle à notre mémoire. Enfin, des portraits anonymes et/ou connus sont figurés. Ils sont nommés dans une échancrure qui voudrait les soigner des maux de l’humanité avec quelque mot dûment choisi: incurable, mégalomane … »